Levens Pour Tous

Férion : Le sanctuaire menacé

Pour les Levensois, le Férion relève d’une paisible évidence. Il est là, voilà tout. On le gravit en famille ou avec des amis de passage ; fin septembre, pour la Saint Michel, on y monte en pèlerinage et, par temps très clair, on y contemple, loin au large, la Corse. Quelques uns y chassent, d’autres y vont chercher pommes de pin ou champignons… tous lui pardonnent de faire attendre, chaque matin, le soleil. Une évidence donc, avec malheureusement la conséquence fâcheuse de toutes les évidences : on ne s’interroge pas, on ne s’inquiète pas. Le Férion mérite plus d’attention, car ce colosse, qui étire du nord au sud, ses dix kilomètres de calcaire et nous toise de ses 1414 m de haut, est fragile. Pire, il est menacé. Jusqu’ici, les hommes l’avaient à peine effleuré, n’y faisant que des écorchures légères. On y voit encore des vestiges d’enceintes ligures, des chemins pavés, des restanques parfois vieilles de plusieurs siècles et ; au dessus de Duranus, les traces d’une ancienne mine d’arsenic ; à Roccasparviera (« La roche aux éperviers ») le promeneur arpente les ruines émouvantes d’un village abandonné en 1625, à la suite d’un tremblement de terre.

Un site naturel exceptionnel

Contemporaine des  Alpes, la montagne mythique des Levensois est née il y a cinq à six millions d’années et conserve sur ses pentes les souvenirs fossilisés des temps où elle patientait au fond des mers, amassant des centaines de mètres d’épaisseur de micro-organismes et de coquillages. Il y a cependant autre chose à y découvrir que des ammonites, car ce site naturel exceptionnel est, lui aussi, emblématique de la rencontre mer et montagne. On y trouve une richesse de flore et de faune unique. Il abrite entre 400 et 1412 mètres d’altitude toutes les strates de la végétation méditerranéenne, de l’olivier au pin sylvestre. On y admire les dernières forêts climaciques de la région niçoise : vastes étendues de chênes verts et de chênes pubescents côtoyant des oliveraies centenaires. On y voit cohabiter, parfois sur d’infimes lopins, des plantes du littoral et des plantes montagnardes : cistes, lentisques et pins sylvestres.

Une catastrophe écologique irréversible

A cet ensemble naturel, il faut ajouter la majestueuse allée de cèdres du Liban plantés en 1860 au sommet de la montagne. La faune est à la hauteur de cette scène fastueuse car la diversité des milieux favorise la présence de très nombreuses espèces : insectes, batraciens, reptiles, oiseaux … parmi ceux-ci des rapaces remarquables comme l’autour des palombes, le faucon crécerelle et surtout l’aigle royal dont la présence témoigne de la bonne santé et de la richesse de l’écosystème. Immense château d’eau, indemne de toute pollution, alimentant les trois grands cours d’eau de la périphérie niçoise (Var, Vésubie et Paillon), le Férion doit être préservé. Ses flancs les plus accessibles font rêver les promoteurs et des projets d’urbanisation sont déjà prêts dans les cartons. Les laisser aboutir conduirait à une catastrophe écologique irréversible. C’est une évidence dont il est encore temps de s’inquiéter.