Levens Pour Tous

Levens : cinq mille ans d’histoire

Levens n’a pas d’âge, ou plutôt pas de date de naissance. Remonter à ses origines revient à vouloir assembler les pièces disparates d’un puzzle où le temps et l’espace jouent à cache cache. Quelques certitudes cependant. Les Romains ont arpenté le site (à partir de 180-150 avant notre ère,) mais ne s’y sont jamais établis de façon durable. Ils n’y ont laissé que de rares traces : une inscription funéraire sur une dalle découverte dans le quartier des Près, des tombes dans le quartier de la Madone et celui de Saint-Roch, l’assise en gros blocs de la tour qui domine le village…c’est tout. Pour la période antérieure, des vestiges nombreux et bien souvent mystérieux, étiquetés d’un seul vocable -sorte de sésame des historiens en panne de certitudes- : Ligures.

Des premiers Levensans difficiles à soumettre

Photos village Cahier 20 025Du Castellar à Pestier, de la crête du Férion au sommet de la colline de Levens, on ne compte plus les restes d’enceintes fortifiées plus ou moins identifiables qui leur sont attribuées. Ces bastions posent deux questions, à ce jour sans réponses : pourquoi aucune trace d’habitat ? pourquoi cette profusion d’ouvrages défensifs chez un peuple partisan de l’offensive, de l’embuscade, voire du guet-apens ? Maîtres de l’arrière pays où ils cultivaient la vigne et l’olivier, les Ligures donnèrent en effet du fil à retordre aux Romains. Il ne fallut pas moins de cent soixante ans aux légions transalpines pour les réduire (154 av.  J.C. – an 6). Une combativité naturelle, une réputation de courage et de férocité qui allaient assurer aux vaincus, durant des générations, des emplois de mercenaires très lucratifs. Paradoxalement, pour trouver les premières traces d’occupation humaine, il faut remonter plus loin dans le temps et grimper sur l’abrupt flanc sud du village jusqu’à la grotte du rat. Nos ancêtres du néolithique y ont laissé, il y a environ cinq mille ans, plus de traces que les étreintes et les soupirs de nos grands parents venus y chercher une solitude complice. Des traces dont certains ont pu pouvoir déduire, avec un peu de précipitation, que ces aïeux très singuliers ne se dévoraient pas de baisers, mais se dévoraient tout court !

Alliances, bannissements et trahisons …

Notre Dame des PrésPour l’historien, Levens n’a d’existence irréfutable qu’à partir du milieu du XIeme siècle date où apparaissent les premières mentions écrites concernant Notre-Dame-des-Prés. un-village-histoire-MassenaCommence alors une longue partie de bonneteau qui, jusqu’en 1860, va voir le fief levensan changer de mains et de drapeau au gré des alliances, des bannissements ou des trahisons. Mais dans une continuité étonnante car du XIeme siècle au début du XVIIeme, deux familles seulement régnent sur le fief. Les Riquier d’Eze de 1270 à 1420, puis les Grimaldi de 1420 à 1621. Des siècles durant lesquels allaient alterner épisodes heureux et sombres périodes, réformes judicieuses et tripatouillages médiocres, gouvernance éclairée et autoritarisme obtu. A l’heure du bilan, le bon peuple levensan montrerait que sa patience avait des limites et qu’un long silence ne vaut pas quitus.

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Une fois clos l’interminable intermède Grimaldi, le village n’en avait pas pour autant terminé avec les temps difficiles. Saigné par le duc de Savoie -financièrement aux abois- investi et pillé par les troupes révolutionnaires, brièvement français (1792-1814) puis de nouveau placé sous la tutelle de Victor Emmanuel 1er de Sardaigne, il devra attendre 1860 et son rattachement à la France pour connaître enfin la stabilité politique. Les Levensois avaient donc eu le temps de découvrir que leur isolement ne les mettaient pas à l’abri des soubresauts de l’histoire. Le dix-neuvième siècle allait leur montrer qu’ils pouvaient en tirer des bénéfices.

Le temps des bourgeois conquérants

C’est alors le temps de la Révolution industrielle, des bourgeois conquérants et des bouleversements de société. Pour Levens c’est d’abord, modestement, l’apparition en 1806 d’un personnage capital : l’instituteur ! C’est encore, en 1829, une nouvelle voie carrossable entre Nice et Saint Martin qui donne un coup de fouet au commerce local. 1843, verra la jonction entre la route et la place de la République. L’année suivante, l’endiguement du Var permet la mise en valeur agricole de la vallée et rend possible la naissance du premier «quartier » de Levens  Plan du Var.

Rue Massena avantA partir du rattachement du Comté de Nice à la France, le mouvement s’accélère. On procède au cadastrage des Alpes-Maritimes, on reboise, on multiplie les voies de communication, on se lance dans de vastes programmes d’adduction d’eau. En 1861, le conseil municipal vote la construction d’un groupe scolaire dans le quartier Saint-Roch et crée la première bibliothèque municipale. On apprend le français. En 1879 débutent les travaux du canal de la Vésubie qui, à partir de Saint-Jean la rivière va desservir Nice et au passage Levens. Les moulins à huile s’en remettent désormais à la fée électricité. Un superbe pont suspendu franchit le vallon de Saint-Blaise.

La terre qui meurt

un-village-histoire-tramwaysLe XXeme siècle se réveille au tintamarre des premiers tramways électriquesdont l’un atteindra le quartier des Traverses mais se révèlera incapable de se hisser jusqu’au village. La première moitié du XXeme siècle ne sera pas très heureuse pas seulement à cause de la saignée de la Grande Guerre (cinquante-quatre Levensois n’en reviendront pas). Conflits de familles ou d’individus, luttes de clans, magistère de politiciens sans grande envergure, clientélisme et népotisme alimentent un lent processus de désagrégation. L’économie périclite, la confiance fuit, les jeunes vont tenter leur chance à la ville. La terre se meurt. Le village qui comptait 1317 habitants n’en compte plus que 1154 en 1936. La seconde guerre mondiale apportera son lot de désolation, d’héroïsme, de résistants fusillés, de patriotes de la dernière heure. Ceux-là, heureusement rares, et parfois leurs descendants, feront leurs choux gras d’une guerre qu’ils s’étaient bien gardés de mener.

Comme un rêve envolé

L’après-guerre et son vaste chantier de reconstruction relancera l’économie locale. Levens, retrouve ses allures de petite station climatique. Sur la colline sort de terre, face à un panorama grandiose, une piscine municipale superbe ; le jardin public accueille un « foyer rural » vaste comme un théâtre, resté sans équivalent dans tout l’arrière-pays. Un tourisme familial bon enfant, marqué chaque année par le retour des « estivants », parachève ce tableau de bonheur tranquille. Un havre de paix où les candidats à l’escale se font de plus en plus nombreux. Le lotissement du quartier Saint Roch voit le jour, le village s’étend, toutes les faces de la colline sont peu à peu investies,« le petit bois », si cher aux Levensois, si foisonnant de souvenirs, disparaît peu à peu.Sur le plateau de La Môle, surgissent les premières maisons; à Laval, un autre lotissement quadrille la colline. Une évolution inévitable et juste. Encore eut-il fallu la maîtriser. Bien vite, sur le désir légitime de mieux vivre des uns va se greffer une frénésie de construction dont on commence à voir les résultats. Une boulimie qui mite inexorablement le paysage, sature les voies de communications et les équipements collectifs, remet en jeu le bien-être et la sécurité. Un urbanisme débridé. Levens ne grandit plus. Levens grossit, prend du ventre. Les appétits politiques ou financiers l’emportent sur la raison. Le rêve s’effrite et les Levensois, nouveaux venus ou de vieille souche, se sentent désormais floués, bernés. Comme dans un marché de dupes.

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La grotte du rat

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Entrée de la cavité numéro 2 de l’ensemble dit « grotte du rat », vallon de la Cumba.

Explorée une première fois en 1913 par Henri Sivade, instituteur à Levens, la Grotte du rat, n’a pas livré tous ses mystères. Située au bas de la falaise qui s’élève sur la rive droite du vallon de la Cumba elle fait partie d’un ensemble de quatre cavités. Lors de sa première exploration H. Sivade y découvrit des fragments de poteries et des restes humains ayant appartenu à cinq adultes et un enfant d’une dizaine d’années. Un tison taillé en biseau, recouvert d’une mince couche brunâtre –peut-être du sang séché- dans laquelle était prise une petite mèche de cheveux blonds allait faire naître l’hypothèse de pratiques anthropophages. Les fouilles reprises en 1971 par Roger Cheneveau apportèrent peu d’informations complémentaires. Il fallut attendre 1999 et l’intervention du Service Régional d’Archéologie PACA et de l’Institut de Préhistoire et d’Archéologie Alpes Méditerranée pour en savoir plus. Le tamisage des déblais rejetés à l’extérieur de la grotte par H . Sivade permit d’enrichir la collecte initiale : près d’une centaine de perles diverses, autant de débris de céramiques et 829 dents (6 seulement comportaient une carie) appartenant à quelques 45 adultes et 13 non-adultes. L’hypothèse retenue, avec prudence, par les archéologues fait de la grotte du rat un lieu de rites funéraires. Les restes des défunts y étaient déposés après incinération. Quant aux pratiques anthropophages imaginées par Henri Sivade il est désormais impossible d’en vérifier le bien fondé : le matériel extrait par l’instituteur est introuvable.